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vendredi 8 septembre 2017

Féminité sexuelle et féminité maternelle


Qu’est-ce qu’une femme et quel est le corps de ses féminités ?

Le discours religieux affirme que la femme est issue de l’homme et a un double destin : d’être la femme de cet homme et la mère de ses enfants. « Alors Dieu fit tomber un profond sommeil sur l’homme, qui s’endormit. Il prit une de ses côtes et referma la chair à sa place. Puis, de la côte qu’il avait tirée de l’homme, Dieu façonna une femme et l’amena à l’homme. Alors celui-ci s’écria : « A ce coup, c’est l’os de mes os, et la chair de ma chair ! Celle-ci sera appelée « femme » car elle fut tirée de l’homme, celle-ci ! »

La psychanalyse adhère-t-elle à ces propos ? Non, bien évidemment. Notre propre existence et la pratique psychanalytique nous indiquent que la femme n’est pas un « complément » de l’homme, comme le disaient nos parents, mais bien un être parlant et désirant d’un sexe et pas de l’autre donc différent de l’homme. Cette identité sexuelle différente de celle de l’homme impliquera un destin différent aux expériences de satisfactions et d’insatisfactions, aux tensions entre plaisir et déplaisir, à la structure des fantasmes et au rapport du sujet à ceux-ci, à la structure des désirs dans son rapport à l’Autre et enfin à la mise en acte de ses jouissances.



Qu’est-ce que les deux sexes ont en commun ?

– Le ventre maternel d’où ils sont nés.
Quignard P. nous en décrit les caractéristiques. « Il y a un lieu connu en tout homme et inconnu : le ventre maternel. Il y a pour tout homme un lieu et un temps interdits qui furent ceux du désir absolu. Le désir absolu est ceci : l’existence de ce désir qui n’était pas le nôtre mais dont notre désir résulte.

Il y a pour tout homme une utopie et une uchronie (non-temps). Il y a un temps du mystère »

Le langage qui les a fait naître comme sujets du langage et donc du désir, ce qui implique une soumission aux lois de ce langage.

§  La nomination de la différence sexuelle qui les a fait naître comme sujets sexués et désirants. La subjectivation de cette nomination sexuée d’être d’un sexe et pas de l’autre et l’assujettissement à cette nomination impliqueront la formation d’un masochisme primordial qui viendra approuver les exigences de la réalité que cette nomination implique. En tant qu’il est érotisation d’une épreuve douloureuse, ce masochisme viendra apaiser l’angoisse de castration inhérente à la reconnaissance de la différence sexuelle. Angoisse de castration qui peut prendre entre autres comme figure l’angoisse du féminin et le désir d’enfant.

§  L’amour de/et pour la mère. Ce qui va définir la femme et ses féminités, c’est le rapport qu’elle va entretenir avec ces lois du langage qui lui ont ouvert les portes des désirs, des objets du désir et les jouissances et ce que cela implique : une vie sexuelle, des éventuelles maternités, une attention à son corps et à son image… Les rapports qu’elle va entretenir avec les manques qui affectent son corps, notamment le manque de l’autre sexe et enfin ce qui va définir le chemin, les chemins qu’elle va prendre pour construire son devenir femme au féminin.

Comme le disait Simone de Beauvoir : « On ne naît pas femme, on le devient ». Ce "devenir femme", ce devenir de la féminité, se déploie sur un versant sexuel et sur un versant maternel. Ce qui fait dire, qu’il y a un féminin sexuel de la femme et un féminin maternel. C’est à ce féminin sexuel et à ce féminin maternel que la psychanalyse apporte une dimension autre et spécifique.

La première femme qui incarne les féminités pour l’enfant, est sa mère. Dans ce corps maternel, ce huis-clos maternel, réel, symbolique et imaginaire, se trouve inclus ou forclos, le désir de cette femme pour son enfant, mais aussi le désir qu’elle éprouve pour un homme, par exemple pour le père de cet enfant. Nous savons que cette modalité désirante ne sera pas sans conséquence pour le devenir de l’enfant.

Lorsque la fille est dite fille et qu’elle est porteuse d’un sexe féminin, il lui reste encore à faire en sorte que ce sexe soit le sien. Il lui reste à se reconnaître comme femme et à s’identifier femme dans ses féminités : sexuelle et maternelle.

Cette féminité à double visage, est un devenir jamais terminé, jamais acquis pour toujours et une fois pour toutes. Chaque relation amoureuse, chaque grossesse, chaque étape de vie, réinterrogent ce devenir femme au féminin. Et donc une femme est toujours en quête de la reconnaissance de ses féminités. C’est ce que nous constatons quand on voit combien les femmes sont parfois prêtes à tous les asservissements pour échapper à cette non-reconnaissance de leur féminité, pour échapper au rejet voire à l’abandon par celui dont elle attend cette reconnaissance.

On sait aussi comment le refus par l’homme de « faire un enfant » à sa compagne peut être vécu par elle comme une profonde négation de sa féminité. Plus d’une, quitte son compagnon à cause de ce refus.

Extrait du Bulletin Freudien n°37-38 par Nicole Stryckman



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