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samedi 22 juillet 2017

Le cycle menstruel : mesure du temps



L'élaboration du cycle menstruel a marqué une étape importante dans l'évolution de l'humanité vers un niveau supérieur à celui du règne animal. Par l'instauration du cycle menstruel, nous accédons à la stimulation sexuelle et, de là, à une sexualité active pendant toute la durée de notre cycle, au lieu d'être contraintes, comme les animaux, de ne l'exercer que lors des phases saisonnières de « chaleurs ». Notre sexualité et notre créativité sont au maximum lors de l'ovulation et aussi à la période des règles, nous permettant ainsi d'accéder aux énergies créatrices qui, chez les animaux, ne sont destinées qu'à la procréation. Lorsque nous ne sommes pas biologiquement fécondable, nous pouvons procréer des idées plutôt qu'une nouvelle vie. 



Le cycle menstruel en tant qu'expérience vécue et ses homologues, comme le cycle lunaire, ont donné naissance aux premiers concepts de mesure et de temps. Depuis les origines de l'humanité, on s'est servi du corps dans son interaction avec les objets qui l'entourent comme unité de mesure fondamentale. Ainsi en est-il de la longueur du pied posé sur le sol, ou de l'écart séparant deux pieds lorsqu'on fait un pas, qui devinrent des mesures de distance. C'est par ailleurs en se fondant sur les concepts de série et de mesure qu'on imagina la division du temps ainsi que les premières horloges et les premiers calendriers. Maintes cultures se caractérisaient par une mesure du temps basée sur les nuits et les mois lunaires, fixant leurs fêtes religieuses en fonction de la pleine lune.

Même de nos jours, la date de la fête chrétienne de Pâques est déterminée par la pleine lune, comme c'est le cas de beaucoup de fêtes dans les religions islamique et juive. On constate que le concept de relation unissant les femmes à leur menstruation, à la lune ainsi qu'à la mesure et à la sagesse se reflète dans maintes cultures à travers le monde et dans beaucoup de langues. Ainsi, le mot menstruation dérive du mot latin désignant le mois, signifiant lui-même lune. Ces concepts ont trouvé leur expression au sein de l'immense éventail des activités ayant conduit à l'édification de la civilisation : agriculture, organisation sociale, artisanat, commerce, enseignement, prophétie et religion. Parmi les images et les mythologies qui nous sont parvenues des antiques divinités, beaucoup nous les présentent enseignant ces matières et ces compétences.

Dans cette optique, la menstruation n'est pas une « malédiction », mais plutôt un présent d'où sont issus l'édifice et la diversité de la culture humaine. L’image de la lune considérée comme un reflet du cycle féminin devient un symbole des énergies créatrices. Le synchronisme des cycles féminin et lunaire reflète également notre lien avec le divin, car en raison de notre caractère cyclique, nous portons le mystère de la vie dans notre corps, nous avons le pouvoir de la donner et de garantir l'avenir de ceux qui nous entourent. En introduisant le non exprimé dans le monde de la création, nous détenons les énergies nourricières, créatrices et porteuses de vie universelles. Un symbolisme analogue s'attache à l'image de l'araignée. Tout comme elle tisse sa toile à partir d'une substance extraite de son corps, on considère la déesse-araignée comme la créatrice de l'étoffe spatio-temporelle, édifiant et animant toute la création et simultanément consciente de chaque vibration se produisant dans sa toile.

 Cette Dame du Filet déroule les fils de la vie et les tisse en respectant les modèles et la trame de toutes choses animées. Ultérieurement, on associe aux divinités les compétences qu’exigent le filage et le tissage, non seulement en tant que protectrices du métier, mais aussi en tant que représentantes du filage de la vie et de la mort. La déesse fileuse déroule le fil de chacun et chacune à partir des fibres de la vie, la Mère tisse la tapisserie de l'expérience, le temps coupe les fils et la divinité des ténèbres défait la tapisserie, en la réduisant à ses fibres élémentaires pour qu'elles soient à nouveau tissées. 

On considère le cycle menstruel utérin comme celui de la vie et de la fécondité au moment de l'ovulation et comme celui de la mort et de la stérilité au moment de la menstruation ; ce cycle est représenté par les phases lunaires, mais il est aussi un reflet des saisons terrestres. Dans beaucoup de mythologies, ce mystère de la matrice est illustré par un vaisseau magique ou à transformations. Dans les légendes du Graal, il prend la forme d'une coupe ou d'un plat ; dans la mythologie celtique primitive, il prend celle d'un chaudron et dans les textes alchimiques ultérieurs, sa forme est celle d'une bouteille ou d'un alambic. Ces vaisseaux offrent chacun abondance, fécondité, vie, transformation, inspiration spirituelle et initiation. Le légendaire du Graal, en particulier, propose une connaissance et une prise de conscience des énergies caractérisant la matrice et le cycle menstruel féminins. Le Saint Graal était, prétendait-on, le calice utilisé par le Christ lors de la Cène et qui, plus tard, sera tenu par Joseph d'Arimathie afin de recueillir le sang du Christ. Il était source de vie et de mort autant que d'inspiration spirituelle, car ceux qui y accédaient, mouraient en ce monde pour renaître dans l'autre.

Le Graal pouvait se remplir de vin blanc ou rouge, et comme l'utérus, il permettait d'accéder aux facultés d'ovulation et de menstruation, de vie et de mort. Dans les textes du Graal, les femmes n'allaient pas à sa recherche étant donné que le divin faisait déjà partie d'elles-mêmes. Tout au long de ces récits, les personnages féminins en reflètent les diverses facettes et facultés spécifiques, s'incarnant non en autant de femmes différentes, mais en autant de facettes présentées par la même femme. le légendaire du Graal nous révèle notre véritable caractère et, puisque nous sommes porteuses de ce Graal, la nécessité de reconnaître toutes les formes que prennent en nous les facultés potentielles qu'il confère et de les exprimer dans le monde matériel. 

Dans le récit intitulé L'Eveil, la Gardienne du Sablier est une représentante de toutes les femmes entre puberté et ménopause. Elle est née du premier écoulement sanguin menstruel et elle préside au rythme féminin jusqu'à la dernière menstruation. Elle symbolise la puissance du temps, des énergies créatrices, de la civilisation et de la vie elle-même. Une fois par mois, elle verse une larme salée : « l'eau de vie », et produit un œuf ainsi qu'une goutte de sang : « la source de vie », qui tombent dans une coupe -le Graal-, c'est-à-dire l'utérus.


EXTRAIT de Les forces du cycle féminin de Miranda Gray

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