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lundi 18 août 2014

Il faut abandonner la complémentarité



Considérations sur une nouvelle identité masculine

Le couple de demain sera androgyne ou ne sera pas :
chacun ayant réconcilié ses pôles féminin et masculin
pour à la fois, plus d'autonomie et de solidarité.

Entretien avec Paule Salomon

Psy : Vous recevez dans vos séminaire des centaines d'hommes et de femmes. Quel est le nouvel enjeu auquel ils sont confrontés ?


Paule Salomon : Depuis toujours, les différences entre hommes et femmes sont accentuées au lieu d'être gommées. Tout s'est toujours passé comme si les femmes devaient apporter dans le couple l'intériorité, la douceur, l'intuition alors que les hommes, eux, représentaient la conquête, la force et l'action à l'extérieur. Biologiquement, il est vrai, nous sommes ainsi faits: le sexe de la femme se trouve à l'intérieur, celui de l'homme est extérieur. Mais, aujourd'hui, nous sommes appelés à abandonner la complémentarité et à mixer nos identités. Dans le couple, les deux partenaires sont autorisés à se maintenir non pas à un seul pôle, mais aux deux en même temps : les femmes doivent expérimenter leur force et les hommes leur sensibilité. Il revient donc à chacun de réconcilier les deux figures de son couple intérieur. C'est là une toute nouvelle donne. Et une véritable initiation dans la vie quotidienne, car la conscience nous pousse à travers nos unions à devenir plus complets intérieurement.

Comment cela se traduit-il pour les hommes ?
Dans mes séminaires et mes stages, je vois presque exclusivement des femmes qui portent beaucoup de masculin en elles et des hommes beaucoup de féminin. Ceux-ci paraissent dans un premier temps très affaiblis : au chômage dans la plupart des cas, ils se plaignent d'être envahis, à la fois par les femmes extérieures et par leur féminin intérieur. C'est là une des premières difficultés dans leur couple : ils vont facilement être dominés car ils ont hérité d'une image du féminin faible et soumis. D un autre côté, les femmes les trouvent très " craquants " car elles ressentent qu'avec leur sensibilité, ils sont capables d'amener l'amour à un endroit où les machos ne le pouvaient pas. Progressivement, ces hommes ont à découvrir qu'il y a d'autres jeux que ceux du pouvoir, qu'être un homme ne signifie plus seulement être guerrier et invulnérable, c'est à la fois être fort et vulnérable. Comme les troubadours d'autrefois, ils peuvent avoir un nouveau projet : la réalisation de l'amour. Jusque-là, seule la réussite sociale leur importait. La réconciliation de leur sensibilité féminine et de leur force masculine peut les amener à s'orienter vers des activités humanitaires ou liées à l'écologie, à l'art.

Qu'en est-il des femmes ?
Celles que j'accueille dans mes séminaires traversent une période de crise jusqu'à l'âge de 40 ans environ, elles ont misé sur leur réussite sociale. Puis, elles se rendent compte qu'il manque quelque chose à leur vie, même si elles ont un partenaire. C'est d'ailleurs étonnant de voir à quel point une femme dominante s'ennuie dans son couple! Lorsqu'elle tente de changer, c'est en retrouvant les autres femmes qu'elle y parvient. Je crois qu' initiatiquement, toute femme naît une seconde fois d'une femme qui n'est pas sa mère. Par la confiance envers l'autre femme, qui n'est plus perçue comme une rivale, elle recontacte son féminin, s'ouvre à une autre dimension de l'amour et peut alors remontrer l'homme. Du point de vue social, il n'est pas question pour ces femmes d'abandonner les territoires q,u'elles ont conquis. Mais elles réintroduisent la notion de loisir et de bien-être dans leur vie, en modulant notamment leur emploi du temps. Elles affirment aussi changer leur manière d'exercer l'autorité : elles imposent moins et découvrent ainsi que les autres savent se mettre en quatre dès qu'on leur laisse plus d'espace. Avant, seul le résultat comptait pour elles. Aujourd'hui, elles s'ouvrent au plaisir de créer des relations d'échange. Leur bonheur de vivre grandit, car l'importance des relations a repris sa place. Ainsi, elles se mettent à regarder leur mari différemment : retrouvant plus d'amour en elles, elles voient les aspects positifs de leur partenaire et decouvrent alors qu'elles vivent avec quelqu'un de formidable.

Connaissez-vous de ces couples " androgynes" ?
Oui. Et même si les gens ne se disent pas consciemment " Je vais former le couple le plus androgyne qui soit ", de plus en plus d'unions de ce type apparaissent. Dans tous les cas, les deux partenaires sont autonomes financièrement et ont une carrière prenante. La femme laisse passer son côté déterminé, l'homme accentue son côté féminin, ne serait-ce que physiquement. Un type d'alliance que je résume en une formule: " solitaires et solidaires ".

Propos recueillis par Pascale Senk


Psychologies fev 97

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