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lundi 5 décembre 2016

Les Hommes et le masculin aujourd’hui



Qui dit «masculin» sous-entend souvent «homme». Comme nous avons pu le voir, ces deux concepts sont différents. Le masculin et le féminin sont complémentaires et nécessaires pour que se vive l’équilibre. Le principe mâle et celui femelle sont nécessaires pour la procréation. Mais un homme n’a pas besoin d’être avec une femme pour vivre l’équilibre et l’inverse est tout aussi vrai. Pas besoin d’être un homme pour travailler sur son masculin, pas besoin d’être hétérosexuel pour vivre l’équilibre et la complémentarité au sein d’un couple.

Cependant, à travers l’ouverture progressive au féminin (ou le retour), de nombreux hommes ont du mal à se situer et peinent à trouver leur place entre le macho et l’homme «efféminé». Un bon nombre ne se retrouve plus dans les repères passés sans pour autant savoir dans quelle direction avancer. Certains penseurs (et penseuses) considèrent que les hommes, les vrais, sont en cours d’extinction. Mais ce qui semblerait plus juste serait que, ainsi que le souligne Paule Salomon, «les hommes ne sont pas en voie de disparation, ils sont en crise de mutation».

Aussi, afin de (re)trouver leur identité (pour ceux qui se posent la question), tant masculine que globale, certains hommes éprouvent le besoin de se construire au contact d’autres hommes.



Réseaux et groupes d’hommes

Les anciennes fraternités spirituelles (druidisme, francs-maçons...) puisaient la raison de leur regroupement unisexe dans de nombreuses idées. Certaines sont, avouons-le, purement sectaires et misogynes ou misandres. D’autres se veulent plus logiques selon leur conception du monde. Ainsi, nous retrouvons les courants qui considèrent que les principes masculin et féminin ne sont respectivement l’apanage que des hommes et des femmes. Pour pouvoir travailler et intégrer pleinement une des deux énergies, il serait donc nécessaire de se concentrer sur une seule polarité (autrement dit celle correspondant à son genre). Selon ces conceptions, l’autre polarité est reconnue, acceptée mais rarement comprise. Toutefois, on peut souligner la pertinence du fait que les corps féminins et masculins ne fonctionnent pas sur les mêmes rythmes et qu’à un niveau purement physique (ce qui n’est pas négligeable), une compréhension instinctive peut se faire jour.

Hormis ces considérations, les groupes d’hommes m’apparaissent plus pertinents dans leur dimension évolutive. Pour illustrer cette idée, à l’heure actuelle, de nombreux hommes se remettent en cause dans leur identité. Se retrouver afin d’évoquer le parcours de chacun, découvrir que l’on vit des situations similaires et s’entraider permet de renforcer la dynamique évolutive de chacun.

Ainsi un certain nombre de groupes d’hommes se sont formés dans le monde (en partie avec les travaux de Robert Bly), notamment au Québec et en France (principalement le réseau Hommes, fondé en 1992 par Guy Corneau). L’intérêt de ces groupes est double : il permet à la fois aux hommes d’expérimenter une complicité, une intimité toute masculine (dans le sens d’«homme») - en bref : expérimenter la fraternité - tout en faisant partie d’un groupe dans lequel ils évoluent. Ces cercles se basent sur la convivialité, le respect et le partage à coeur ouvert. Chacun partage son expérience, ses ressentis, ses parcours (sans obligation de parole). Un des avantages se situe aussi dans le fait que de nombreuses personnes sont plus à l’aise pour évoquer certains sujets avec des gens de leur sexe – se sentant moins jugées ou ayant moins le souci de vouloir plaire aux autres.

De sujets spirituels à la vie quotidienne, de la philosophie à la sexualité, chacun s’exprime avec ses mots et sa sensibilité, lui permettant de se sentir homme parmi d’autres hommes sans intermédiaire féminin (au sens de «femme»).

Travailler avec les dieux et l’énergie masculine

Au-delà du besoin de se retrouver entre hommes et d’explorer une facette de sa masculinité, le travail avec les dieux et l’énergie masculine peut tout aussi bien se faire à travers un cercle contenant les deux genres ou de façon individuelle, chaque individu étant la somme des deux polarités.

Ainsi le travail avec le masculin sacré peut s’amorcer par des remises en question, une observation de sa vie et de son cheminement. Des lectures – accompagnées d’un regard critique – peuvent aussi enrichir cette perspective. Ce travail peut passer par l’auto-analyse mais ne nécessite pas une approche rigide, bien au contraire. Chaque activité et interaction peut être l’occasion de s’ouvrir et de mieux comprendre sa part masculine. Travailler avec son masculin n’exclut pas d’ailleurs le travail avec le féminin. Même s’il peut apparaître opportun de se focaliser sur l’une ou l’autre des polarités dans un premier temps (pour se familiariser avec et pouvoir l’intégrer), en cultivant chacune d’entre elles, nous facilitons l’accès à l’autre. Ainsi l’accès au masculin passe autant par la constance, l’engagement, la droiture que par le lâcher-prise, l’intuition et l’ouverture.

De plus en plus d’études en sciences sociales tendent d’ailleurs à montrer que les individus adoptant une sexuation psychique androgyne tant dans leurs tâches quotidiennes que dans leurs attitudes présentent les scores les plus élevés sur des échelles d’épanouissement personnel, de bien-être et d’équilibre.

A un niveau purement pratique, cela peut passer par des méditations, des rituels dédiés au principe masculin (au Dieu-père-fils-amant-frère) ou à un dieu particulier avec lequel on se sent en adéquation.

Un autre point intéressant est de s’interroger sur les facettes du masculin et de divinités masculines qui nous dérangent et nous perturbent. Sont-ce des parts de nous-mêmes que nous avons du mal à accepter ou des facettes déséquilibrées et transformées par des millénaires de patriarcat ?



En conclusion

Le Masculin à redécouvrir
Cet article sur le masculin ne peut qu’être tronqué et succinct. Il reflète une part de mes croyances, de mon expérience et de mes propres limites, ajoutées à celles d’autres personnes. Toutefois, il se veut avant tout un appel, un témoignage. Il existe bien une autre force que le Féminin Sacré mais, tout comme la première, elle demeure souvent mal comprise. Pour bien la comprendre et l’appréhender dans sa totalité, les articles, les livres et les discussions ne suffisent pas. Le prochain pas, c’est à vous de le faire.


Bibliographie
- L’art de l’extase sexuelle, Margot Anand, Guy Trédaniel
- L’art de l’extase au quotidien, Margot Anand, Guy Trédaniel
- Le manuel de sexualité tantrique, Bodhi Avinasha & Sunyata Saraswati, Jouvence
- Le héros aux mille et un visages, Joseph Campbell, Oxus
- Urban Tantra, Barbara Carellas, Celestial Arts
- Gods of light & shadow, D. J. Conway, Llewellyn
- Père manquant – fils manqué, Guy Corneau, de L’homme
- Les secrets de l’extase, Nick Douglas & Penny Slinger, Guy Trédaniel
- La déesse blanche, Robert Graves, du Rocher
- The Art of Tantric Sex, Nitya Lacroix, Dorling Kindersley
- Celtic Myths and Magick, Edain MacCoy, Llewellyn
- Merlin l’enchanteur, Jean Markale, Albin Michel
- The 21 lessons of Merlyn, Douglas Monroe, Llewellyn
- The lost books of Merlyn, Douglas Monroe, Llewellyn
- Le parcours de l’héroïne ou la féminité retrouvée, Maureen Murdock, Dangles
- Sons of the Goddess, Christopher Penczak, Llewellyn
- The living temple of witchcraft – Journey to the God, Christopher Penczak, Llewellyn
- Les hommes se transforment – l’homme lunaire, Paule Salomon, Albin Michel
- La femme solaire, Paule Salomon, Albin Michel
- Le couple intérieur, Paule Salomon, Pocket
- Tantra – le culte de la féminité, André Van Lysebeth, Flammarion

Crédits Illustrations
Morgane Grosdidier www.morganegrosdidier.com/  
Lorine Pimenta www.lorineart.com  

Sandra SanTara http://windwolf.com

vendredi 2 décembre 2016

Le mystère du prêtre habillé en femme


Dans de nombreuses cultures et traditions, telle la procession celtique de Beltaine, le Grand Prêtre, ou les prêtres sont souvent représentés portant des vêtements de femmes. De nos jours, la signification et le symbolisme sont occultés par les stigmatisations sociales et toutes les définitions mouvantes de la masculinité au sein des cultures et sociétés. Cependant, pour vraiment comprendre les mystères du Prêtre revêtant des vêtements féminins au sein des traditions celtiques, il faut comprendre quelques bases.



Dans le fonctionnement de la dualité celtique et dans les mythes suivants, la femme donne le pouvoir à l’homme. On retrouve un exemple de ce type dans le mythe arthurien de la Dame du Lac donnant Excalibur au roi Arthur. La mère celte élève son fils et lorsqu’il est en âge de rejoindre la compagnie des hommes, elle lui attribue le pouvoir en l’armant et en le livrant à la compagnie des hommes.

Ce concept, toutefois, est difficilement acceptable pour la perception sociale actuelle de certains hommes et de certaines femmes qui se cramponnent à la conception selon laquelle un homme se suffit à lui-même. Puis, se suffisant à lui-même, il choisit son épouse et ses terres sur lesquelles gouverner et les gouverne totalement. Toutefois la mentalité celtique ne suit pas une conception aussi linéaire, mais plutôt labyrinthique ou en spirale. Les deux aspects dansent ensemble du début jusqu’à la fin. Il n’y a jamais vraiment de pouvoir « compétitif », mais l’exhalation respective des genres se complétant l’un l’autre. L’autorité acquise par un genre sur l’autre ne constitue pas vraiment une autonomisation, mais plutôt un vol temporaire de pouvoir qui se dissipe rapidement. Même Camelot, la ville d’Arthur, est tombée après avoir été séparée de l’aspect féminin.

Ceci ne signifie pas non plus que l’aspect féminin domine l’aspect masculin. Bien que l’aspect féminin donne le pouvoir à l’aspect masculin, il doit prendre ses responsabilités et utiliser son pouvoir de la manière de son choix, qui devrait renforcer mutuellement le pouvoir du féminin de protection et favoriser un environnement de développement approprié pour que le féminin se fortifie également. Alors ils se réunissent tous deux et reflètent les forces créatives de l’univers et du Grand Esprit d’où viennent toutes choses.

En d’autres mots la femme choisit soigneusement le bon homme à qui donner du pouvoir, et alors cet homme adopte « l’épée » et utilise le pouvoir qui lui a été confié avec espoir, de façon productive et prospère. Cependant, s’il n’est pas utilisé pour le plus grand bien, l’aspect féminin l’abandonnera, et avec le temps les capacités qui avaient été données à l’homme se dissiperont. Il ne peut procréer seul. Il peut créer une princesse de fleurs comme Bloudewedd ou Gwenhwyfar (« Guenièvre »), telle une perception contrôlable de ce qu’il veut voir dans l’aspect féminin, mais étant faite par des hommes elle ne procrée pas, n’ayant pas l’essence totale de l’aspect féminin, mais seulement les aspects que l’homme souhaite garder sans les autres images féminines qui donnent des pouvoirs à la femme et rendent une union productive.

C’est pour cela que Beltaine est un festival crucial pour les celtes. C’est pendant Beltaine que l’aspect féminin éclipse l’aspect masculin et lui attribue des pouvoirs avec son essence créative de sorte qu’il puisse aller de l’avant pour enfin se manifester. L’essence de la Déesse couvre le Dieu et lui donne des pouvoirs afin qu’il puisse perpétuer la créativité qu’elle lui a transmise, et faire croître la végétation. Là où Il tombe à l’automne, Elle est la gardienne des forces régénératives de la nature, jusqu’à ce qu’Elle les lui redonne après sa renaissance au Yule suivant Beltaine.

Ainsi, au cours de Beltaine, les prêtres revêtiront souvent des habits de femmes pour symboliser et encourager cette pollinisation croisée des forces créatives de la femme à l’homme. Dans les traditions celtiques l’homme vêtu en femme est souvent honoré comme représentant de tous les autres hommes. Il est prêt à être surpassé par l’aspect féminin, et ainsi celui-ci est communiqué à l’aspect masculin de la Tribu, du Clan, des Terres.

Après la procession où il a « courtisé » l’aspect féminin pour qu’il lui donne des pouvoirs, il reprend alors l’aspect masculin pour le fertiliser comme il a lui même été fertilisé.


Retrouvez les articles de Meadmuse en anglais sur son site : www.meadmuse.com

mardi 29 novembre 2016

Chant de naissance, chant de vie : bénédiction maternelle


«Une femme peut filer un cordon ombilical primitif en son sein à
travers lequel elle passe l’énergie vitale au futur.»
– Melissa Raphael

« Aux Ameriques, dans certaines cultures indigènes, il existe une
pratique qui veut que l’on trouve le chant funèbre d’une personne
pendant qu’elle est vivante. Ce chant devient l’allié de la personne
en question, au cours de son existence, de manière à ce qu’elle
acquière la signification profonde du chant au cours de sa vie. La
mort alors, se fait compagne de la vie et n’est jamais oubliée. Au
moment de leur mort, ces gens, s’ils en sont capables, chantent
leur chant, quittant ce monde avec cette mélodie sur les lèvres, en
sentant le pouvoir de cet allié qui a grandi avec eux au cours de
leur existence. J’imagine qu’un chant de mort crée une connexion
entre une personne et les cycles de la vie, guidant le mourant
dans l’autre monde en aidant à garder la peur à distance...»

– Leslene della-Madre, Midwifing Death [Accoucher la Mort]



Elle a été introduite aux bénédictions et aux cérémonies de bénédiction maternelle quand elle était une petite fille et que le groupe d’amies de sa mère s’hébergeait les unes et les autres pendant leurs grossesses.

Elle nous raconte :

J’adorais assister aux cérémonies qui avaient lieu pendant la grossesse de ma mère avec mon petit frère et ma petite soeur; et être le témoin de cette bulle d’amour, de soutien, et d’engagement dans laquelle elle était plongée. J’étais touchée par  l’ambiance sacrée, magique et mystérieuse. A mes 12 ans, le même groupe d’amies se réunit afin d’effectuer un rituel de bénédiction, pour la fille de l’une des membres (rituel que l’on peut faire entre les 10 et 16 ans de la jeune fille). C’était une expérience mystique et magnifique. Nous portions des couronnes de fleurs dans nos cheveux, bénies du savoir et de l’affection que nous dispensaient les vieilles femmes sages de notre tribu. J’ai maintenant 34 ans et j’ai toujours un dossier plein des prières, notes et messages datant de ce jour. Il a senti le parfum subtil des pétales de rose pendant des années.

Mon chant préféré de ces rituels ayant marqué mon enfance est :

« Je suis Femme » :
Je suis Femme
Je suis Esprit
Je suis l’Infini dans l’âme
Je n’ai pas de commencement
Et je n’ai pas de fin
Voilà tout ce que je suis.

Plus tard, quand ma très jeune soeur entra dans l’adolescence, j’aidais ma mère et mes amies à organiser une cérémonie pour une fille de cet âge là. J’étais enceinte de 13 semaines de mon plus grand fils à cette période. Encore une fois, nous chantions. Plus tard au cours de ma grossesse, ma mère a réalisé un rituel de bénédiction pour moi aussi, le premier qu’elle a organisé et facilité seule, et ainsi elle passa le flambeau de ces rituels à un nouveau cercle de femmes : mes amies.



Le fredonnais pendant l’accouchement de mon premier enfant, et ma mère le fredonnait parfois avec moi de l’autre côté de la porte de la salle de bain, ou dans la voiture pendant qu’elle me conduisait à la maternité. Après la naissance de mon fils des caillots ont empêché la contraction normale de mon utérus, et on a dû extraire manuellement le placenta. C’était extrêmement douloureux et je chantais Je suis Femme très, très fort pour ne pas crier. Ma mère chantait avec moi pendant que mon mari portait notre fils en s’extasiant. Chanter ce chant pendant l’accouchement acheva de la graver dans mon âme comme mon chant, notre chant.

Nous l’avons chanté bien d’autres fois depuis, au cours de cérémonies, de rituels, et spontanément, ou encore seule sous la douche ou en passant l’aspirateur (et toutes sortes d’activités quotidiennes). En 2009, quand mon troisième enfant mourut alors que j’entamais mon deuxième trimestre de grossesse, je me réfugiais encore dans Je suis Femme, l’utilisant comme un outil qui m’aiderait à traverser cette épreuve. Il était né à la maison, paisiblement et avec beaucoup d’amour, mais dans les heures qui suivirent, je commençais à perdre des caillots de sang, et nous primes la décision difficile d’aller aux urgences. Alors que l’on quittait la maison, je fis une expérience mystique dans laquelle j’acceptais que c’était peut-être la mort, et que la naissance de ce nourrisson, que j’avais tant aimé, allait aussi être la chose qui me tuerait. Dans la voiture tandis que nous roulions je chantais la chanson, encore et encore, afin que mon mari et ma mère sachent que j’étais encore vivante. Tant que je chantais, je savais que j’étais toujours là. 

Et heureusement je survécus pour la chanter encore de nombreuses fois, dans l’éclat du soleil et sous la pluie, dans les mains jointes d’un cercle de femmes, et dans la solitude. Après me l’avoir chanté durant un rituel de suite de fausse couche, mes amies me la chantèrent encore lors de la fête pré-natale de ma grossesse suivant cette perte, d’une petite fille arc-en-ciel, qui naquit un midi d’hiver et ce fut l’une des plus grandes joies et l’un des plus grands soulagements que je connus. Sur mon autel de naissance, il y avait la photo qu’une amie lointaine m’avait envoyée, avec Je suis Femme écrit dessus, et que j’avais collée sur un morceau de tissu.

Il y a cinq mois, ma grand-mère est morte. Elle vivait en Californie et ma mère partit la voir pour l’aider à accoucher de ses dernières pensées et de ses derniers mots. Un dimanche d’avril, quand nous pensions que le dernier jour de ma grand-mère dans ce monde était venu, je passais la journée à penser à elle, à pleurer, à parler à mon mari tout en surveillant frénétiquement mon téléphone dans l’attente d’un message de ma mère.




(Petite note à ceux qui critiquent les gens «collés» à leurs portables sur leur blogs, ils feraient bien de se rappeler que ces personnes à l’air hagard, sont peut-être en train d’attendre un message de leur mère à propos d’une grand-mère agonisante, et que ce téléphone représente en fait un lien, une connexion et non une déconnexion ou une distraction.) Je partis dans mon coin sacré, dans les bois, m’assis sur le rocher et chantai Je suis Femme. Ma mère me dit plus tard qu’elle la chantait à ma grand-mère pendant qu’elle entendait son souffle erratique, en pensant que chacun d’eux serait le dernier. Bien que séparées de 2000 kilomètres, à ce moment-là, trois générations étaient liées par une chanson.

Après avoir chanté sur le rocher, je parlai à voix haute à ma grand-mère, lui disant les derniers mots qui n’étaient pas vraiment venus dans la lettre que je lui avais envoyée, ou au cours de notre dernier contact en visioconférence, et j’offris cette prière :


Prière à ma grand-mère
Doux vent, porte-la
Espoir, protège-la
Amour, garde-la
Paix, bénis-la
Porte ma gratitude
Droit à son coeur
Dépose-la dans ses mains
Blottis-la dans son corps
Là où elle prendra racine
et fleurira
Puisse-t-elle savoir qu’elle est aimée
Qu’elle est appréciée
Qu’elle est soutenue
Dans la grande toile de la réincarnation
Le déploiement de la mémoire génétique
Dans les silences et les histoires partagées
Dans l’héritage qui se déploie
Paix, soutiens-la
Amour, étreins-la
Vie, relâche-la.

(15/4/13)

Alors que je revenais des bois, ma mère m’écrivit encore, disant qu’elle avait chanté toutes les bénédictions et chants sacrés dont elle se souvenait et qu’elle avait besoin d’en avoir plus. Je renvoyais donc les paroles les unes après les autres, et en les recevant, elle les chantait doucement à ma grand-mère, tenant sa main et la bénissant de tous les moyens possibles, utilisant ces mots pour apaiser, connecter et soulager. Être capable de créer cette connexion, virtuellement, et de contribuer au cercle de chants qui entouraient ma grand-mère fut une expérience profonde, comme si, en envoyant ces mots à ma mère qui les partageait avec ma grand-mère, nous avions créé un cercle par-delà les kilomètres, imprégné par les mots de nos chants de vie, de naissance, de mort...



Retrouvez les articles de Molly Remer en anglais
sur son site :goddesspriestess.wordpress.com


samedi 26 novembre 2016

Masculin sacré et sacrés genres


Parce que je suis un « hôte et amphitryon de ce corps », comme l’écrit Hadrien, parce qu’il s’agit là de mon être au monde, je ne peux que m’interroger, dans le cadre d’une pratique spirituelle, sur l’importance du corps physique. Je suis un homme, sexué. Que faire de cette affirmation ?
Revendiquer la sacralité de mon corps, et ainsi de mon sexe, est un acte de libération. C’est avec ce corps que je chemine vers la Déesse et que je vais dans le monde. Le plaisir des sens fait partie intégrante de ma vie. Le nier ou le rejeter reviendrait à dénigrer une partie de moi-même. Il est dit couramment que tout chemin spirituel est une voie de guérison, mais je ne crois pas guérir quoi que ce soit en m’amputant d’un corps, d’un morceau du Moi. Au contraire, je pense qu’ainsi on ne parvient qu’à se faire du mal.

M’engager dans un chemin spirituel pour moi consistait en un premier lieu à me débarrasser de ces fameuses polarités. Comme beaucoup, aux débuts de mes études ésotériques, j’ai appris que l’eau est féminine et le feu masculin, que la Lune est une Déesse et le Soleil un Dieu. Qu’il est triste et réducteur d’imaginer que l’intuition est un principe féminin, le courage une qualité masculine ! Il serait donc nécessaire de se ranger dans une catégorie au dépens de l’autre ? Mais si l’homme peut développer des qualités dites féminines et inversement, nous n’avons plus de raison de polariser quoi que ce soit. Si je transcende ces notions, que me reste-t-il ? Il me reste moi, simplement.
Nous confondons régulièrement trois entités bien distinctes : la sexuation, le genre et la sexualité. Pire, nous ne reconnaissons pas l’héritage culturel intrinsèque à ces notions et le croyons pure biologie.



Tout d’abord la sexuation (mâle, femelle...), c’est-à-dire l’identité sexuelle physique. Quand est-on de sexe masculin ? Lorsque nous avons un pénis, des chromosomes XY et de la testostérone ? De nombreuses études nous prouvent que la réponse n’est pas si évidente. Femmes XY, intersexuation... Il s’agit d’exceptions, diront certains, mais des exceptions qui représentent 1% recensé de la population mondiale tout de même.
Le genre (femme, homme...) est, quant à lui, une entité culturelle pure. Il s’agit de l’identité sexuée sociale et psychique. C’est lui qui définit le com­portement et le rôle social de chaque individu. Carcan rigide et confondu avec le sexe, il de­vient une prison.
Concernant la sexualité (attirance pour tel-s type-s de partenaire-s sexuel-le-s), il est désormais évident pour tous que le choix amoureux ne dépend pas de son propre corps.
En somme, cinquante ans de recherches scientifiques (n’en déplaise à certains) sur les théories du genre font voler en éclats nos idées préconçues sur la place de l’homme dans notre société. La célèbre phrase de Simone de Beauvoir : « on ne naît pas femme, on le devient » est transposable à l’homme. Il n’y a pas d’essence de la masculinité ou de la féminité, il y a un apprentissage, voire un conditionnement tout le long de sa vie. La différence entre homme et femme n’est pas lié à un éterminisme biologique.

Margaret Mead a définitivement marqué la rupture du lien entre sexe et tempérament en rencontrant des cultures où les rôles sociaux sont définis à l’inverse des nôtres. Même sans aller jusqu’en Océanie, nous trouvons des traces ici même de la frêle construction des genres. Notre propre culture n’a pas toujours été ce qu’elle est aujourd’hui. Ce n’est qu’au XIIeme siècle qu’émerge un culte de la relation homme-femme. Avant, le propos ne semblait pas digne d’intérêt, et, s’il fallait se marier, les grands sentiments chevaleresques étaient tout de même réservés aux compagnons d’armes plutôt qu’aux épouses. Impensable aujourd’hui, nous serions tout de suite catalogués d’homosexuels refoulés (de la façon la plus polie possible).
Avec ces notions en tête, comment définir un masculin sacré ?
Si je suis un corps, je n’en reste pas moins un être à part entière, un tout indivisible. Je suis du genre militant pacifiste, mais ne me suis jamais senti guerrier. Si je sais me montrer fort et courageux, j’aime être doux et exprimer mes émotions. Il m’est arrivé de pleurer en regardant « Toute une histoire », c’est dire. Enfant, je délaissais même les voitures pour jouer aux poupées. Je n’en reste pas moins un homme.
Dionysos a toujours été pour moi un représentant du masculin sacré plus fiable que d’autres noms proposés, car justement, il transcende, il mélange, il marie les contraires, pour amener ces ouailles vers une seule réalité divine. Il dissout allègrement les limitations sociétales et permet la vraie libération. Il nous montre le chemin de la guérison. Oui, l’homme aussi a besoin de guérir. Ainsi, m’inscrire dans une tradition dianique n’a rien de contradictoire. Le féminisme n’est pas castrateur, puisque libérer les rôles de la femme revient à libérer ceux de l’homme. En suivant Dionysos, dans sa danse bruyante et sauvage, je retourne à la Mère, renoue avec l’essence de la Vie.
Face à la Déesse, nous sommes nous, pleinement libres et fiers.

Sur le chemin de Thèbes, Breven

Sources et bibliographie complémentaires :
BERENI L., CHAUVIN S., JAUNAIT A., REVILLARD A.,
Introduction aux Gender Studies, Editions De Boeck
PICQART Julien, Ni homme, ni femme, La Musardine
MEAD Margaret, Moeurs et sexualités en Océanie, Plon
MAZAURETTE Maïa, La revanche du clitoris, La Musardine
TIN Louis-Georges, L’invention de la culture hétérosexuelle,
Editions Autrement

mercredi 23 novembre 2016

Danser pour la Déesse


Danser, c’est puiser au fond de nous, explorer et utiliser notre énergie, notre Être tout entier. C’est un processus qui peut ouvrir de nouveaux horizons sur le chemin spirituel, donner un relief supplémentaire à des pratiques comme la méditation, la prière, la communion, l’offrande…



La Danse comme Prière, Méditation active

Danser, c’est laisser la place au corps. La confiance, la libération, l’expression, nous avons vu cela dans la partie précédente. Le Corps devient le vaisseau sublime de l’Âme, l’expression libre du Coeur, mais l’esprit, le mental, n’est pas oublié. Un nouveau rapport s’installe, quand l’esprit a donné toute latitude au corps pour le mouvement, alors le corps peut lui revaloir ce bienfait car à travers le mouvement corporel, c’est le mental qui s’apaise. Le singe du mental n’a plus besoin de sauter de branche en branche, la conscience est dans le corps, dans le mouvement, et l’agitation cesse comme un vent qui s’épuise. Le déplacement de conscience (là maintenant, pensez à votre orteil droit, à ce que vous ressentez dans votre orteil droit… Vous venez d’opérer un mini déplacement de conscience…) est facilité par le mouvement, d’autant plus quand le mouvement est libre de toute contrainte, que l’on danse seul(e) et que l’on se laisse aller. Ainsi la danse peut mener à une méditation active, une transe reposante dont la fonction d’exutoire peut être favorisée par rapport à l’esthétisme, dans un contexte solitaire.

J’ai déjà entendu des païens partager autour du concept de la prière, et la  façon de prier est unique pour chaque personne. Certains récitent des prières, lues ou écrites par eux, d’autres inventent une prière orale à chaque fois, d’autres encore n’usent pas de mots mais simplement de ressentis, d’émotions, le coeur se tourne vers le divin, les yeux brillent, l’amour est échangé sans passer par les mots. Il y a autant de façons de prier que de chemins spirituels. La danse peut être une prière. Elle facilite l’apaisement du mental et procure le calme intérieur qui laisse toute la place à l’échange sacré qu’est la prière. De plus, le mouvement permet au moins autant d’expressivité que des mots. Pour peu que l’on danse sur une musique qui nous transporte ou dont les paroles sont elles-mêmes une prière (comme des chants de Libana ou Lisa Thiel), on peut alors laisser son corps transcrire les mots de la chanson ou l’imager… 


Communion avec la Déesse

Danser en Tribal Fusion, ce n’est pas seulement fusionner les genres, les traditions, les styles, les costumes, les mouvements, c’est aussi, pour nous païennes, une fusion à d’autres niveaux. Une fusion de la danseuse avec ce qui l’entoure, avec les Eléments, avec la Terre et le Ciel, parfois aussi avec son Public quand il y en a un, avec l’Espace dans lequel elle danse, et surtout, avec la Déesse, plus largement avec le Divin. Dans l’Hindouisme c’est la danse cosmique de Shiva et Shakti qui crée le monde par les vibrations émises. La danse est l’acte de création démiurgique.

Quand nous dansons, nous honorons notre corps, nous apaisons notre mental, nous exprimons notre coeur et nous ouvrons notre âme : Nous communions avec la Déesse, nous ressentons son immanence en toutes choses, nous touchons Son Voile… La danse est une des voies de l’extase, de l’expérience mystique, cet instant d’éternité ou la fusion devient fulgurante, où l’individu touche au divin.

Le Corps comme Temple, la Danse comme Offrande

Comme nous l’avons vu en première partie, la danse constitue une aide précieuse pour se reconnecter à son corps et à sa féminité. Poussons plus avant sur le chemin, et la danse nous amène à ce concept, dont beaucoup ont entendu parler mais qui n’est pas forcément bien compris ou intégré, de ressentir son propre corps comme un temple. Il ne s’agit pas que de sa dimension sacrée, d’en prendre soin comme vaisseau de l’âme, il s’agit de la fonction première d’un temple : faire descendre le Divin sur Terre, créer un lieu d’habitation, de matérialisation du divin, comme les statues divines dans les naos d’Egypte antique, qui étaient conçues pour recevoir l’Essence de la divinité. Considérer son corps comme un temple, c’est prendre conscience qu’y siège la Déesse, immanente et aimante, infinie et éternelle, comme Elle siège au coeur de chaque cellule vivante, de chaque particule de Nature. Ce sont de belles choses à dire, mais le ressentir dans sa chair est autrement plus beau.

Starhawk dit un jour dans une de ses conférences «Vous voulez voir un visage de la Déesse ? Alors tournez la tête et regardez la personne qui est assise à côté de vous» (Starhawk, Femmes Magie et Politique). Il est presque plus facile de voir la Déesse partout à l’extérieur de soi, la ressentir en soi est plus délicat (faudrait pas non plus se gonfler les chevilles quoi), mais nous avons alors accès à l’ensemble des sensations qui découlent de cette prise de conscience. Considérer ainsi son corps pendant la danse est une expérience formidable : nous dansons pour la Déesse, nous dansons la Déesse. Un aspect légèrement différent de cette relation Corps-Divin est l’offrande. Tout comme il existe une infinité de façons de prier, il existe une infinité d’offrandes.

Offrandes d’aliments, de fleurs, de chants, d’amour, de rituel de célébration, de symboles, de sang, d’ennemis sacrifiés, de plaisir, de douleur, d’arts, l’être humain a donné une dimension d’offrande à presque tout ce sur quoi il peut avoir une action. Offrir une danse est un cadeau merveilleux. On offre tant de choses à travers une danse, tant de parts de soi-même… On offre son corps, sa pudeur, sa préparation physique, son effort, sa technique, son costume ou sa nudité, son travail, son mouvement, son souffle, et un tas d’autres choses… On offre l’instant présent avec intensité, on offre ce que la vie nous permet, on offre des choses si belles que la beauté extérieure de la danse n’est pas forcément la plus importante…



Danser dans un cadre rituélique

La danse dans le cadre d’un rituel implique justement de prendre en compte la notion de cadre. Il faut réfléchir aux notions pratiques de la danse à l’intérieur d’un cercle : soit on se limite à danser sur place sans grandes enjambées, soit on projette un cercle d’une taille «cercle de groupe»… On peut également choisir d’opérer le rituel sans cercle mais, au-delà de la protection ou de la délimitation de l’Espace sacré, on perd la fonction contenante du cercle, sorte de bulle qui contient les énergies exsudées durant le rituel. Il faut alors être capable de garder concentrée l’énergie que l’on soulève par la Danse jusqu’à sa libération, ce qui demande une certaine maîtrise de la manipulation énergétique. Tout dépend donc de ce que la Danseuse souhaite privilégier, de ce dont elle se sent capable, et aussi de l’objectif du rituel.

Si c’est un rituel de célébration, maintenir la concentration énergétique n’est pas une priorité absolue, on peut par exemple aller danser dans la forêt et offrir cette Danse, cette énergie, aux Esprits du lieu ou à la Déesse. Si au contraire c’est un rituel opératif avec un objectif précis, il faut pouvoir accumuler l’énergie jusqu’au moment culminant. On libère alors tout ce qu’on a soulevé comme une décharge de courant, brutale et totale, soit dans une visualisation de l’objectif atteint, soit dans un charme à charger, soit dans un symbole, etc.

Petit truc à savoir, si vous dansez dans vos rituels et que vos mouvements, quand vous êtes lancée dans la musique (voire en transe) sont rapides, parfois brutaux, et demandent beaucoup au corps, n’oubliez pas de vous échauffer avant ! J’ai souvent payé de plusieurs jours de douleurs des transes dansantes, surtout au niveau des cervicales et des genoux… Il n’est pas toujours aisé ou même simplement agréable de garder une partie de  conscience pour faire attention à ne pas trop bouger telle ou telle partie du corps, alors au moins pensez à vous échauffer !

La montée d’énergie – L’expérience de Sataset

Concrètement que se passe-t-il ? Il est difficile de décomposer et d’expliciter ce qui se passe au niveau énergétique dans un rituel, plus encore ce qui se produit pendant la transe, si transe il y a. Je vais essayer de décrire ce qui peut se passer.

Cela est sûrement très personnel, et encore cela ne se passe pas toujours ainsi pour moi… Ce n’est qu’un aperçu… On choisit une sélection de musiques qui nous emportent, qui nous inspirent, on commence doucement, on se laisse aller, on relâche toute tension, physique et psychique, on se laisse capturer par la musique, les sons sont transcrits en mouvements, les pieds s’ancrent à la Terre, les bras s’envolent vers le Ciel, la Danse  commence à s’intensifier…

La musique devient plus puissante, l’énergie commence à scintiller au centre de notre être, dans le Chaudron, le chakra sacré, les ondulations l’intensifient, les accents lui donnent de la puissance, les shimmies rendent l’énergie vibrante, tout cela se masse autour de nous, comme si l’aura s’intensifiait, comme une boule qui aurait le chakra sacré pour centre. Le moment venu, on décharge cette énergie d’un seul coup. Quand ? Où ? Comment ? Tant de réponses peuvent être données. Comment sait-on que le moment est venu ?

Dansez, essayez, et vous le saurez. Il est un moment où l’on sait que le «niveau» d’énergie est suffisant, cela est valable pour toutes les façons de lever un cône de pouvoir. Vous pouvez aussi choisir d’arrêter dès que vous avez mal quelque part ! Où ? Cela dépend de l’objectif du rituel : dans la Terre, dans une visualisation, dans un symbole, un charme, dans la Nature autour de nous…

L’énergie peut former une boule autour du Chakra solaire, elle peut rayonner sans forme autour de nous, la sphère autour du chakra sacré n’est qu’un exemple. Tout ceci n’est à prendre que comme un exemple, une expérience, et non un schéma de rituel. Soyez créatifs, écoutez-vous, écoutez votre corps, et lancez-vous ! Vivez votre expérience !


Nous l’aurons compris, la danse reste un sujet somme toute très personnel. On y exprime des choses propres à soi, à son vécu. Mais une chose met tout le monde d’accord : la danse rassemble, célèbre, raconte. Laissez-vous donc porter par la musique, entrez dans la danse, et voyez les possibilités d’expression qui s’offrent à vous ! Quoi de plus beau que de faire de son corps non pas un temple aux stéréotypes actuels mais à sa spiritualité et à la grande Déesse !